À propos du problème

Au Canada, les taux d’infection à VIH et le VHC (virus de l’hépatite C) parmi les détenus sont d’au moins 10 et 30 fois supérieurs, respectivement, à ceux de l’ensemble de la population. L’une des principales raisons de ce problème est le partage de seringues usagées, pour l’injection de drogue. En raison de la rareté du matériel d’injection stérile en prison, les détenus qui consomment des drogues par injection sont plus susceptibles que les personnes dans la communauté de réutiliser et de partager du matériel d’injection. Cela augmente considérablement leur risque de contracter le VIH et le VHC.

Des programmes de seringues en prison (PSP) consistent à donner accès aux détenus à du matériel stérile pour l’injection; il s’agit d’un important moyen de réduire le risque de contracter des infections par le partage de seringues usagées. Cependant, en dépit de preuves accablantes des bienfaits de PSP dans plusieurs autres pays, aucune prison du Canada n’autorise encore la distribution de matériel d’injection stérile aux détenus. En conséquence, la santé des personnes incarcérées en souffre — et cette réalité est coûteuse, tant pour la santé publique que pour les fonds publics, étant donné le prix du traitement à vie pour le VIH et pour le VHC.

En 2006, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a réalisé une étude des bienfaits des PSP, qui l’a conduite à affirmer plusieurs des constats positifs des évaluations de ces programmes dans plusieurs pays. En particulier, le rapport de l’ASPC a confirmé des conclusions constantes des évaluations de PSP, à savoir que ces programmes :

  • Réduisent le partage de seringues;
  • Ne causent pas d’augmentation de la consommation et de l’injection de drogue;
  • Réduisent le nombre de surdoses;
  • Facilitent l’adhésion d’utilisateurs de drogue à des programmes de traitement de la toxicomanie;
  • N’entraînent pas que des aiguilles servent d’armes contre des employés correctionnels ou d’autres détenus;
  • Sont efficaces dans une grande diversité d’établissements; et
  • Ont été efficaces en employant diverses méthodes de distribution des seringues, que ce soit par des pairs détenus, en mains propres par du personnel de santé de la prison ou d’organismes de l’extérieur, ou encore à l’aide de distributeurs automatiques.

On considère à tort, quelques fois, que les PSP portent à controverse, car certaines personnes entretiennent la fausse croyance qu’ils rendent possible de consommer des drogues en prison. Par ailleurs, certaines personnes croient à tort que des détenus utiliseront des instruments d’injection comme armes contre le personnel ou d’autres détenus. Mais, dans les plus de 60 prisons dans le monde où des PSP ont cours, ces craintes ne se sont jamais avérées. Dans les faits, les PSP font en sorte que les détenus évitent des comportements à risque d’infection par le VIH et le VHC.

Le fait de ne pas donner accès à cette mesure essentielle de prévention de maladies est une violation des droits constitutionnels des détenus; or le droit à la santé est reconnu en droit international. Cependant, comme les détenus sont une communauté oubliée, et que certaines personnes considèrent qu’ils méritent les maladies auxquelles ils sont exposés — en particulier si c’est en s’injectant de la drogue —, le gouvernement canadien actuel refuse de mettre en œuvre des PSP.

Mais l’urgence d’établir des PSP n’a jamais été aussi grande. Avec une nouvelle législation qui contribue déjà à la surpopulation des prisons, à la violence et à une augmentation du nombre de personnes qui font usage de drogue derrière les barreaux, nous avons tous intérêt à être conscients des risques sanitaires qui s’associent au manque de mesures de réduction des méfaits en prison, et à nous rendre compte que cela affecte tous les Canadiens — car la plupart des détenus de ressort fédéral finissent par réintégrer leurs communautés.

Pour plus d’information sur les PSP et sur les données qui illustrent leurs bienfaits pour la santé publique, téléchargez Les programmes de seringues en prison : synthèse pour les politiques.

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Corey

«Des seringues introduites dans la prison en contrebande. La première fois que je me suis injecté de la drogue, j'ai partagé la seringue. Une seringue était utilisée probablement trois ou quatre mois, à tous les jours, au moins 20 fois par jour. On aiguisait l'aiguille sur le verso d'un carton d'allumettes, pour qu'elle soit pointue.»